A l’occasion de ma toute première cuisson au feu de bois, j’ai envie de vous faire un compte-rendu sur cette belle expérience. Durant cette semaine de cuisson j’ai rencontré des personnes merveilleuses et j’ai beaucoup appris sur la céramique et ce type de cuisson. J’ai envie de vous faire entrer dans les coulisses et de vous emmener avec moi dans cette aventure car il est difficile de se rendre compte de ce que cela représente sans découvrir l’envers du décors.
La cuisson s’est déroulée la semaine du 1er au 7 Juillet 2024 à Taintrux dans les Vosges avec le four de l’association Terre-Plein.
LE FOUR
Je vous présente le four Anagama, un four à bois Japonais à une chambre (ana : une ; gama : chambre). C’est un four dit « couché » car il est horizontal et « à flamme directe » car celle-ci traverse le four et lèche les pièces avant de ressortir par la cheminée. Le four que nous avons utilisé fait 2,5 / 3 m², nous étions une quinzaine de participants pour cette cuisson.





Lundi 1er et Mardi 2 Juillet
Le chargement du four
Le chargement du four a pris 2 jours à deux céramistes expérimentés. C’est une étape très délicate car il faut optimiser la place dans le four mais également d’anticiper les passages de flammes afin que les cendres se répartissent bien sur les pièces et permettent un bon tirage.
Les pièces sont posées sur des boulettes faites en coulis réfractaire mélangé à de l’eau et de la farine, celles-ci sont indispensable pour que les pièces ne collent pas aux plaques de cuissons ou entre elles. Vous verrez dans la suite de l’article que les cendres fondent sur les pièces en créant de l’émail et si les pièces recouvertes de cet émail de cendre touche une surface, elle y adhère et devient très difficile à décoller (en général il y a de la casse au décollage quand ça arrive).






Comme vous le voyez, il faudra faire attention à ne pas bousculer les pièces et les piliers en chargeant le bois dans l’alandier.
Mercredi 3 Juillet
La fermeture du four
La fermeture du four nous a demandé un peu de réflexion car la porte doit être hermétique, mais elle doit également permettre de charger le bois de façon optimale pendant la cuisson. Des briques seront également amovibles pour pouvoir intervenir sur le tirage et l’oxygénation de la cuisson.
Le scellement des briques se fait avec un enduit appelé Palapala ( « probablement un nom vosgien voire même taintruxien x) » selon ma source d’information ) et composé d’un mélange de cendres et d’argile.
Ci-dessous, vous voyez que nous avons préparé les briques de la partie centrale qui viendront sceller le four à la fin de la cuisson. Elles ont été enlevées pendant la cuisson mais nous avions besoin qu’elles soient prêtes à l’emploi le moment venu. En effet, le four est à 1300°C au moment de son scellement final, il faut faire vite et attention.



Jeudi 4 Juillet
Le bassinage
Ça y est, la cuisson démarre ! Nous commençons par l’étape appelée le bassinage (oui je vais encore vous bassiner avec des informations techniques :p ) qui va nous permettre de faire évaporer l’humidité présente dans les céramiques et dans le four. Nous chargeons le bois lentement afin d’atteindre une température homogène de 100°C dans le four. Cette étape à duré une bonne dizaine d’heures.

Jeudi 4 et Vendredi 5 Juillet
Le Petit Feu
Une fois le bassinage réalisé, nous montons maintenant en température, le but est de monter de 100°C à 1000°C mais avec une grande attention car le four ne doit pas monter trop vite en température. Il faut maîtriser une montée lente et constante de la température jusqu’à 600°C.
Cela est dû à plusieurs facteurs : tout d’abord, jusqu’à 300°C il existe des risques de casse si l’on monte trop vite en température, cela est dû à la présence d’eau résiduelle. Puis jusqu’à 600°C (573°C pour être exacte, je vous vois les pinailleurs au fond de la classe !) car la silice/le quartz (le sable, c’est également ce qui compose le verre) composant l’argile subit quatre étapes de transformations (cristallisation) lors de la montée en température et cela peu causer des cassures si ces transformations sont forcées trop rapidement.



J’étais de garde de nuit de 2h00 à 8h00 du matin lors de cette étape. Nous devions charger le four à un rythme régulier mais pas soutenu. Ce qui était intéressant c’est qu’en écoutant le four et les crépitements du bois, nous pouvions savoir à quel moment remettre du bois dans le four. J’ai beaucoup aimé apprendre à utiliser tous mes sens pour comprendre la cuisson. Ce n’est pas chose aisée mais je comprends mieux la magie qui ressort de cette osmose avec le four et ce processus de cuisson. Et je suis d’autant plus admirative de ces céramistes expérimentés qui savent conduire leur cuisson à l’œil et à l’oreille.





A cette étape la chaleur dégagée par le four devenait déjà presque insoutenable, la fraicheur nocturne était la bienvenue en s’éloignant un peu du four. Et puis nous avions un ciel étoilé magnifique. Nous avons eu la chance de voir des lucioles, cela faisait des années que je n’en avais pas croisées 🙂 Et le lever du jour… C’était une très belle nuit et l’occasion de faire mieux connaissance avec mes compagnons et compagnes de garde 😊
Vendredi 5 Juillet et Samedi 6 Juillet
Le Grand Feu
Je dormais quand la porte du four a été fermée en bas et que le chargement a commencé par le haut. Le but du chargement du bois en bas était de créer une grande quantité de braises et de cendres. Une fois que le niveau maximum était atteint, la partie basse de la porte a été fermée et le chargement du bois s’est fait par le dessus. A ce moment-là, le but était de monter à 1350°C puis de maintenir la température à 1300°C le plus longtemps possible (pour nous deux jours).





A ce moment de la cuisson, le chargement du bois se faisait par la partie haute de la porte mais également par les ouvertures sur les côtés du four que l’on nomme registres. Un coup de main à prendre car il s’agissait de « jeter » le bois entre les pièces. Donc une grande prudence était de mise pour éviter brulures et casse.


Le but du maintien de cette température est de permettre aux cendres de se déposer sur les pièces et de fondre sur celles-ci pour créer un émail. Cela permet aux alcalis de la cendre de se fixer sur les pots et finissent par former avec la silice et l’alumine du tesson un émail accidentel du plus bel effet.
En effet, les arbres lors de leur croissance absorbent des composants contenus dans le sol. Lors de la combustion, on retrouve une partie de ces éléments dans les cendres. Notamment du calcium et de la potasse, ce qui permet de créer un émail car la potasse est un fondant utilisé dans la fabrication de verre et de céramique.
Je ne suis pas très douée en chimie, j’ai donc quelques difficultés à bien vous expliquer ces fonctionnements, mais vous avez l’idée générale du processus. A ce moment de la cuisson, la chaleur autour du four était insupportable et je ne vous raconte pas au moment de mettre du bois à l’intérieur. C’était très impressionnant. Je n’ai jamais senti une telle chaleur… En même temps, glisser du bois dans une fournaise à 1300°C, ça ne se fait pas tous les jours !
Dimanche 7 Juillet
Fin de cuisson
A la fin de la cuisson nous avons chargé un maximum de bois avant de fermer hermétiquement le four. Nous avons scellé la porte et les ouvertures sur les côtés.
Un rangement de notre bazar, des aux revoirs et le calme est retombé. Cela a fait un vide bizarre quand cela se termine.
Samedi 13 Juillet
Défournement
Après une semaine de refroidissement, nous avons pu ouvrir le four pour y découvrir nos pièces. C’était une journée riche en émotion et ensoleillée pour la découverte de nos pièces. C’était très excitant de voir les résultats 😀
Il a fallu un peu de temps pour vider le four, nous avons fait une chaine pour sortir les pièces et les exposer. Cela à permit à tout le monde de voir les pièces au fur et à mesure.







Puis chacun.e a rassemblé et observé ses pièces et celles des voisin.e.s. Regardez-moi tou.te.s ces céramistes heureux.ses !



Et encore une fois, ce fut rangement et au revoir. Mais cette fois pour de bon avant la prochaine cuisson.
C’était une expérience très intense pour moi et je me suis régalée. Même si c’était parfois un peu trop animé pour moi mais j’ai adoré. J’espère de tout mon cœur pouvoir refaire des cuissons comme celle-ci. Mais ça, on verra, l’avenir nous le dira 😊
Et voici un ensemble de photos avant/après pour se rendre compte du résultat 🙂
AVANT



APRES






J’espère que cette visite vous a intéressé et que la découverte des coulisses vous a autant impressionné que moi 🙂
Vous pouvez découvrir les Tanukis cuit lors de cette cuisson dans la galerie d’image suivante : Les Tanukis

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